"> Radiohead - A Moon Shaped Pool - Indiepoprock

A Moon Shaped Pool


Un album de sorti en chez .

Nouvel album pour le quintet d'Oxford. Et après ? Tambouille assommante ou retour d'un groupe enfin de nouveau à la hauteur ?

Disparition orchestrée du web puis lancement d’un premier titre et de l’album dans la foulée, on commence à le savoir, Radiohead sait brouiller les pistes et prendre son monde par surprise quand il s’agit de publier un nouvel album et à vrai dire, on se passerait bien de ces pantomimes. Car, au-delà, l’important, c’est le constat : le dernier bon album d’un des groupes les plus doués de sa génération remonte à 1997. Bien sûr, quand on a dit ça, beaucoup ont déjà sauté au plafond et crié à l’hérésie, les gars d’Oxford étant, pour un public fourni et la grande majorité des critiques, au contraire LE groupe ultime, exemple s’il en est d’un succès forgé sans jamais renoncer à l’expérimentation, la remise en question, etc… Pourtant, explorer d’autres territoires, prendre des risques, remettre en question ses acquis, bien d’autres l’ont fait, et avec plus de réussite : PJ Harvey, Nick Cave, Bjork, Bowie jusqu’à son dernier souffle, tout récemment Antony… Alors quelle différence entre les artistes précités et Radiohead ? Une évolution positive, qui ne se fait pas au détriment de la sensibilité. Or, le malheur de Radiohead est d’avoir connu la notoriété en pleine vague brit-pop et de sa cohorte de groupes souvent archaïques et bas du front. Au tournant des années 2000, Radiohead a ainsi laissé tomber ses guitares, ses sonorités organiques et sa fibre pop pour ne plus se retrouver cité à côté d’Oasis. On peut comprendre… Hélas, ce que Thom Yorke et ses copains n’ont pas compris, c’est qu’évoluer par dépit est mortifère et qu’en musique comme dans tout art, la forme et le fond sont indissociables. Les instruments, les accords, autant qu’une voix, tout cela est là pour véhiculer une mélodie, des émotions, une âme. Petit à petit, à partir de « Kid A », la musique de Radiohead s’est ainsi vidée de sa substance pour ne devenir qu’une enveloppe sonore électronique creuse et hermétique. Et depuis 2007 et « In Rainbows », on se demandait même si le groupe croyait encore un minimum à ce qu’il faisait, tant les gesticulations (procédés de commercialisation des albums, pseudo-militantisme écologiste), prenaient le pas sur la musique elle-même, le paroxysme ayant été atteint jusqu’à la caricature sur « King Of Limbs », album en bocal « torché » en vingt-huit minutes…

Alors qu’attendre de « A Moon Shaped Pool » ? Le pire ? Constater que, dans le tracklisting ne figurent finalement que trois titres entièrement inédits y invite, les autres ayant tous été interprétés auparavant d’une manière ou d’une autre. Ce serait facile de se dire que Radiohead a maquillé bootlegs et faces B en nouvel album. Une autre lecture, plus positive, consisterait à se dire que voir Radiohead aller chercher dans son passé la matière première de sa nouvelle production est certainement la meilleure idée qu’ils aient eue, sachant que leur fuite en avant décrite auparavant s’apparentait à une agonie. En plus, de véritables instruments reviennent à l’honneur et relèguent les sonorités martiales, froides et impersonnelles privilégiées depuis trop longtemps. Pour autant, le groupe refuse de retomber dans une forme trop évidente et identifiable couplet/refrain. Là encore, quand seul le refus sert de guide, c’est un écueil et le début d’album en pâtit. Burn The Witch avec ses courtes boucles de violon oppressantes impressionne par ses arrangements, mais c’est tout. Niveau mélodie, c’est le calme plat, alors Thom Yorke meuble et lance sa voix dans des envolées qui frisent l’auto-parodie. Dans la foulée, Daydreaming installe un climat légèrement onirique au piano et puis… rien, ça déroule sur six minutes. On commence à se dire que c’est mal barré quand sur Decks Dark, le miracle se produit : ambiance envoûtante dès le départ grâce à une parfaite symbiose entre les petits accords de guitare en fond, le chant retenu, mais superbement juste, le léger crescendo, les choeurs et le motif mélodique qui revient puis cède la place à un final instrumental planant. Du grand Radiohead. Et par la suite, l’embellie se confirme. Sur le tout simple Desert Island Disk, on entend des doigts glisser sur les cordes d’une guitare acoustique, ce qui il y a quelques années tenait de l’impensable sur un disque du groupe, un bel onirisme urbain se dégage de Ful Stop et d’Identikit, superbement écrit, porté par un chant et un recours à des choeurs très pertinents et sommet de l’album avec Decks Dark. Jusqu’à la fin de l’album, même dans les moments moins saisissants (The Numbers s’étire un peu trop, mais les arrangements de corde qui interviennent en milieu de morceau sont superbes), on reste dans un registre nettement supérieur à ce qu’offrait le groupe depuis près de quinze ans, et Thom Yorke n’a plus aussi bien chanté que sur Present Tense depuis Paranoïd Androïd. Certes, il manque à « A Moon Shaped Pool » une intensité qu’on ne retrouvera peut-être jamais (Thom Yorke disait il y a déjà plusieurs années que la colère qui l’habitait à l’époque de « The Bends » l’avait quittée depuis longtemps), mais avec cet album qui renoue avec un côté charnel, Radiohead a retrouvé son identité. C’est inespéré.

Rédacteur en chef
  • Publication 1 486 vues11 mai 2016
  • Tags Radiohead
  • Titres recommandés Burn the Witch
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Tracklist

  1. Burn the Witch
  2. Daydreaming
  3. Decks Dark
  4. Desert Island Disk
  5. Ful Stop
  6. Glass Eyes
  7. Identikit
  8. The Numbers
  9. Present Tense
  10. Tinker Tailor Soldier Sailor Rich Man Poor Man Beggar Man Thief
  11. True Love Waits

La disco de Radiohead