Kramies - The Wooden Heart

The Wooden Heart EP


Un album de sorti en chez .

7

A l'orée de se jeter corps et âme dans un énième ouvrage musical, certains éléments poussent parfois l'auditeur à poursuivre délibérément ses investigations sonores.

“The Wooden Heart”, nouvel EP du songwriter américain d’origine néerlandaise Kramies Windt, semble ne pas échapper à la règle. Il y a tout d’abord cet artwork, oeuvre du photographe français Jerôme Sevrette, illustrant une caravelle aux voiles levées, paralysée en eaux troubles entre l’idéaliste quête de lueurs et un horizon funeste. Le décor planté, on découvre ensuite sur ce maxi une collaboration de marque, celle de Jason Lytle, l’ancienne tête brûlée des regrettés Grandaddy aujourd’hui reconverti en solo. Il ne manque alors que l’accroche ultime, un morceau digne d’intérêt habilité à remplir son rôle de prélude. Apparu il y a trois mois sur Soundcloud, le titre éponyme The Wooden Heart avait à l’époque réussi sa mission. Autrement dit, ce sublime envol dream-pop incitait à en savoir davantage sur l’inconnu Kramies et sur ce qui est ici sa quatrième publication, après deux albums et un précédent EP quasiment inconnus au bataillon.

Édifiées sur un socle pop sombre et mélancolique, ces six pièces jouissent d’un caractère atmosphérique délectable qui n’est pas sans rappeler les inspirations de vieilles connaissances du genre. A la volée, on pense instantanément à Mercury Rev, Slowdive ou encore Sparklehorse. Kramies, lui, évolue dans le même registre folk-rock libérateur et aérien, à une exception près. Car à la différence des trois références sus-citées, ses compositions sont délicatement émaillées de textures électroniques, malmenant l’aspect organique de son oeuvre par des sentiments ombrageux et énigmatiques (The Beginning, Upon The Northern Isles). Les légères pointes psychédéliques sur les morceaux où Lytle est impliqué (Sea Otter Cottage, Clocks Were All Broken) rappellent également que divaguer dans une musique onirique implique certaines prises de risques. Le rêve, indéniable générateur d’optimisme, invoque également les tourments spirituels de l’être et ses démons les plus abyssaux, tiraillant l’artiste entre reproduire fidèlement ou non les étranges fabulations du subconscient. Émerveiller l’auditoire, mais aussi l’amener à la réflexion en se souciant du cauchemardesque, c’est aussi cela la dream-pop, néanmoins présentée sous ses traits les moins exquis. A la lecture de “The Wooden Heart”, il semble que Kramies soit prédisposé à en sublimer la démarche. Faire de ses compositions le pendant d’un entre-deux émotionnel aussi fastueux qu’extatique, comme en attestent son illustration et sa sensibilité lyrique….

Si l’ensemble manque certainement de consistance, le songwriter de Cleveland est paré pour transformer ses prochains travaux en un troisième album qui, espérons-le pour lui et pour notre amour de la belle musique, sera enfin synonyme de consécration.

 

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La disco de Kramies