Born villain


Un album de sorti en chez .

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C'est l'album d'un type qui est allé puiser en lui-même, dans ses acquis, ses ressources, son vécu passé et présent et en a sorti deux trois trucs. Parce que dans tout cela, il y a de la profondeur.

Marilyn Manson est de retour, et c’est chez Cooking Vinyl qu’il publie son nouvel album. Depuis que la crise du disque et les bouleversements causés par internet ont sérieusement ébréché la toute puissance des majors, il y a deux catégories d’artistes qu’on a vu revenir chez les labels indés : ceux qui l’ont fait par choix plus ou moins militant ou qui ont considéré que les majors n’étaient plus à même de défendre leurs intérêts, et ceux qu’on a envoyé voir ailleurs parce qu’ils n’étaient plus assez rentables. Marilyn Manson appartient sans conteste à la seconde catégorie. Beaucoup n’y verront rien d’étonnant, arguant qu’à force de traîner partout son personnage bidon, Marilyn Manson devait bien finir par lasser. Plus subtilement, si on s’intéresse un tant soit peu au personnage, on dira plutôt qu’avec « Eat Me, Drink Me », il avait à la fois sans doute publié son meilleur album tout en se donnant le baiser de la mort, ce disque donnant à voir d’un peu trop intérieurement un personnage jusque-là exclusivement construit pour l’extraverti. ‘ The High End of Low », publié il ya trois ans, avait effectivement confirmé un certain éclatement, le disque se révélant sans direction, pas vraiment mauvais mais erratique. Marilyn Manson n’en était d’ailleurs pas dupe, et son déclin ne lui avait pas pour autant fait perdre sa lucidité ni sa sagacité, quand il avait par exemple reconnu que les Britney Spears et consorts, vêtues de leurs shorts ultra-moulants, étaient devenues plus subversives que lui.

Alors à quoi bon publier un nouvel album, pourquoi ne pas jeter l’éponge au lieu de prolonger le déclin, au risque de le transformer en agonie ? peut-on se demander. La réponse, c’est que le maître en concepts qu’est Marilyn Manson a dû tout bonnement se dire que le déclin, c’est justement un concept comme un autre et qu’il pouvait peut-être en faire quelque chose. En ce sens, pour assurer la promo de l’album et de ce fameux concept, il lui aura suffi de se montrer avec Lana Del Rey et de laisser se propager comme une traînée de poudre la rumeur d’une possible idylle. Quelle meilleure publicité en effet que d’être associé à celle qui a le plus agité le web ces derniers mois, et qui en plus incarne l’ascension éclair et le retour de bâton en version accélérée ? Bref, le coup était bien rôdé pour lancer « Born Villain », titre au second degré assumé, mais qui rime aussi avec « born again ». Car, même s’il serait peut-être exagéré de parler de renaissance, ne nous y trompons pas : sous couvert de jouer à l’artiste maudit qui ne sait rien faire d’autre que s’amuser de la noirceur du monde et qui s’y résigne, Marilyn Manson signe bel et bien un retour au premier plan. Dans l’intensité d’abord, qui ne retombe pas une seconde de tout l’album. Les morceaux sont tendus à souhait, ciselés, sans emphase, et, s’ils ne donnent pas tous le tournis, ils se révèlent au minimum d’une efficacité redoutable. Pistol whipped, Slo-mo-tion, The Gardener sont ainsi imparables. Fait notable également, la seconde moitié du disque est encore plus réussie que la première et offre les morceaux les mieux écrits, Disengaged, Born Villain, Breaking The Same Old Ground en tête.

« Born Villain » marque également le retour d’une production absolument remarquable. Car, qu’on apprécie l’univers de Marilyn Manson ou pas, s’il est un aspect qui passera quoi qu’il arrive à la postérité, tout comme pour son ancien complice Trent Reznor, d’ailleurs, c’est celui du son qu’il a construit, avec cet alliage incomparable de riffs de guitare coupants comme une lame et de textures synthétiques épaisses et lourdes. Ici, le tout est emballé sans fioritures, pas de place pour des accords alambiqués, encore moins pour des solos. Children of Cain, Lay Down Your Goddamn Arms sont ainsi implacables et balaient tout sur leur passage. Enfin, dernier aspect non négligeable, c’est le retour d’un chant de nouveau habité, hargneux, plein de fiel et de cyanure, dimension qui s’était un peu étiolée ces dernières années, notamment sur scène. Là, il suffira d’une écoute de Murderers Are Getting Prettier Everyday pour se convaincre que notre homme a recouvré l’entière possession de ses moyens. En conclusion, « Born Villain » est une drôle de surprise, sans pour autant que Marilyn Manson ne fasse quoi que ce soit qu’il n’ait déjà fait auparavant. C’est l’album d’un type qui est allé puiser en lui-même, dans ses acquis, ses ressources, son vécu passé et présent et en a sorti deux trois trucs. Parce que dans tout cela, il y a de la profondeur.

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Hey, Cruel World
  2. No Reflection
  3. Pistol Whipped
  4. Overneath the Path of Misery
  5. Slo-Mo-Tion
  6. The Gardener
  7. The Flowers of Evil
  8. Children of Cain
  9. Disengaged
  10. Lay Down Your Goddamn Arms
  11. Murderers Are Getting Prettier Every Day
  12. Born Villain
  13. Breaking the Same Old Ground
  14. You're so Vain