"> Chelsea Wolfe - Abyss - Indiepoprock

Abyss


Un album de sorti en chez .

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Un des événements annoncés de cette année musicale.

Récemment, une enquête révélait que, statistiquement, le second album d’un groupe ou artiste apparaissait fréquemment comme le préféré de ses fans. S’il est encore prématuré pour se livrer à ce type de sondage sur la discographie de Chelsea Wolfe, qui n’en est jamais qu’à son cinquième album, on peut légitimement gloser qu’elle dérogera à cette règle, car on placerait plutôt la ténébreuse Américaine dans la catégorie des artistes qui ont pris le temps d’imprimer une patte avant de véritablement laisser éclater tout leur talent. En effet, avec « Pain Is Beauty », édité en 2013, Chelsea Wolfe nous a clairement offert son album de la plénitude, celui sur lequel ses aspirations et son penchant pour le gothique et les ambiances sombres s’accordait sans contradictions avec un certain lyrisme et une maturité d’écriture qui en ont fait une oeuvre majeure à laquelle on continue de venir s’abreuver.

L’annonce de la parution d' »Abyss » a par conséquent attisé les attentes, avec, comme toujours en pareil cas, un brin d’appréhension qui vient se mêler à l’impatience et à l’excitation. Chelsea Wolfe allait-elle confirmer ou glisser vers un polissage de sa musique qui en rognerait un peu trop les aspérités ? Cette première interrogation légitime a été assez rapidement écartée par la divulgation au compte-gouttes de plusieurs extraits qui nous ont fait comprendre qu' »Abyss » ne serait pas un disque propret et académique. Sur l’introductif Carrion Flowers notamment, les guitares sont lourdes et emphatiques, dignes d’un morceau de doom métal. Alors, au contraire, n’allait-on pas avoir droit à un manifeste trop radical, qui renierait en partie les acquis de « Pain Is Beauty » ? Une seule écoute d’Iron Moon, sur lequel Chelsea Wolfe pose sa voix avec une grâce délicieuse sur une mélodie incandescente portée par des guitares à la fois subtiles et rugissantes suffit à indiquer que la demoiselle sait où elle veut nous emmener sans avoir besoin d’en rajouter.

A partir de là, on est prêt à plonger pour de bon dans l' »Abyss » sans éprouver l’envie d’en ressortir. Privilège de la maturité et de l’expérience, Chelsea Wolfe s’est entourée sur ce nouvel album de fidèles en qui elle a toute confiance, qui savent ce qu’elle attend d’eux. Mike Sullivan de Russian Circles notamment est là pour offrir ce climat épais, menaçant et tendu à l’album, sans jamais trop en faire, Ezra Buchla vient quant à lui glisser des cordes à la beauté noire pour rendre le climat sonore d' »Abyss » encore plus envoûtant. De bout en bout, la production de l’album est impressionnante, rarement des textures indus auront fait aussi bon ménage avec des cordes ou des rythmes électroniques, comme sur le magnifique Grey Days par exemple. Sur ce nouvel album, Chelsea Wolfe gagne également ses galons de grande chanteuse. Pas d’envolées vocales, on serait même plutôt ici dans la retenue, ce qui est d’autant, sinon plus difficile. Rester sur le timbre pour ne pas étouffer les arrangements, glisser vers les aigus pour accompagner les méandres des mélodies, tout cela est fait avec une justesse magistrale, au point qu’on en vient à penser au travail de Nick Cave sur « Push The Sky Away », c’est dire !

Chelsea Wolfe prouve également qu’elle a un certain génie pour choisir ses titres d’album.  » Pain Is Beauty » synthétisait déjà parfaitement le contenu du disque qu’on avait entre les mains, c’est pareil cette fois-ci, « Abyss » nous plongeant en immersion, sans non plus nous étouffer, pour une longue et inexorable descente à laquelle on ne résiste pas. La grande force de l’album est sa parfaite unité de bout en bout. Tout au long d' »Abyss », sans se répéter, Chelsea Wolfe tresse des morceaux au tempo alangui, comme en torpeur, mais dans un climat où l’urgence est toujours de mise, au gré d’une ligne de guitare qui gronde, d’une batterie sentencieuse, de quelques beats affolés. L’écriture est à la fois limpide et tortueuse, la fibre mélodique étant évidente sans pour autant que les titres s’interdisent de subtiles bifurcations ou montagnes russes. A ce petit jeu, on pourrait presque citer tout l’album, disons simplement qu’Iron Moon, Grey Days, After The Fall, l’envoûtant Crazy Love sur lequel guitare acoustique et cordes nous jouent un sacré numéro, le quasi-séducteur Simple Death, sans parler de Survive et son final dévastateur, ne tarderont pas à vous faire devenir chèvre. Vous l’aurez compris, « Abyss » est plus qu’une confirmation ou une réussite majeure. Il y a quelques années, Chelsea Wolfe était une jeune femme qui, à fricoter avec le gothique, nous faisait nous demander où elle voulait en venir. Aujourd’hui, on a définitivement la réponse, puisqu’elle a bâti une cathédrale.

Rédacteur en chef
  • Pas de concert en France ou Belgique pour le moment

Tracklist

  1. Carrion Flowers
  2. Iron Moon
  3. Dragged Out
  4. Maw
  5. Grey Days
  6. After the Fall
  7. Crazy Love
  8. Simple Death
  9. Survive
  10. Color of Blood
  11. The Abyss

La disco de Chelsea Wolfe