"> Gérard Manset - Manitoba Ne Répond Plus - Indiepoprock

Manitoba Ne Répond Plus


Un album de sorti en chez .

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Plutôt que disserter sur le statut de Manset et l’exception que constitue le fait de jouir d’une telle notoriété depuis des années sans jamais avoir renoncé à la discrétion, force est de reconnaître que lorsqu’on a aimé un de ses albums, on ne le quitte plus. On peut ne pas le suivre dans une des […]

Plutôt que disserter sur le statut de Manset et l’exception que constitue le fait de jouir d’une telle notoriété depuis des années sans jamais avoir renoncé à la discrétion, force est de reconnaître que lorsqu’on a aimé un de ses albums, on ne le quitte plus. On peut ne pas le suivre dans une des nombreuses directions qu’il a explorées, mais on garde une oreille à l’affût, sûr qu’on va replonger un jour. Cette année, Manset a déjà fait l’actualité : il a participé à l’écriture du dernier Bashung. Comme pour tisser un fil avec cet album, « Manitoba ne répond plus » s’ouvre sur Comme un légo, présent sur « Bleu pétrole ». Sans être musicologue, comparer les deux interprétations se révèle passionnant. Chanté avec puissance et gravité chez Bashung, le morceau est abordé avec plus de distance par Manset, mais son interprétation laisse parler la limpidité du propos et de l’écriture.

Sur la forme, « Manitoba ne répond plus » appartient à la ligne claire de Manset. C’est dans ce format chanson qu’il a façonné qu’il imprime le mieux sa patte. De prime abord, les morceaux semblent écrits pour porter les textes, chantés d’une voix toujours égale, sans altérations et cependant inimitable. S’y expriment les mêmes doutes sur le monde (Le pays de la liberté), la condition humaine (Comme un légo), les mêmes envies d’ailleurs (Ô Amazonie) que dans l’ensemble de son oeuvre. Mais plutôt que de passer pour un misanthrope reclus, Manset se révèle souvent proche de son auditeur, il laisse fréquemment se briser l’armure et exprime ce qu’il est vraiment : un homme qui se débat avec les mêmes interrogations que tout un chacun à travers un sens hors-pair de l’écriture de textes et de musiques.

Car c’est lorsque l’on rentre complètement dans l’album et qu’on prend toute la mesure des mélodies qu’on est le plus bouleversés. Manset a le génie des attaques de morceaux, aspect d’une chanson auquel on prête finalement peu attention. Et pourtant, en quelques notes de piano (Ô Amazonie) ou de basse (Aux fontaines j’ai bu), on prend déjà la dimension de ce que l’on écoute et de ce qui est à venir. Arrangements soignés et sobres, structures qui défient souvent les lois du traditionnel couplet/refrain sans tomber dans l’expérimentation pompeuse complètent le tableau. En conclusion s’impose une évidence : dans sa singularité, Manset a le pouvoir de s’adresser à tous, toutes générations confondues, toutes chapelles musicales abolies. C’est facile de comprendre que c’est la formule de la longévité, c’est autre chose de savoir lui donner corps.

Rédacteur en chef

La disco de Gérard Manset