"> Arab Strap - As Days Get Dark - Indiepoprock

As Days Get Dark


Un album de sorti en chez .

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Le retour d'Arab Strap, seize ans après leur dernier album. Réjouissant ou déprimant ?

En ce début d’année, Mogwai a une double casquette. Parallèlement à la publication de leur nouvel album, les voilà en patrons de label pour éditer l’album du retour de leurs compatriotes d’Arab Strap. Si le duo formé par Aidan Moffat et Malcolm Middleton s’était retrouvé depuis 2016 pour reprendre la route, ils ne s’étaient jusque-là pas lancé dans l’écriture de nouveaux morceaux. « As Days Get Dark » est donc leur premier album depuis « The Last Romance » en 2005. Un nouvel album qui fait apparaître un clivage. D’un côté les fans du duo, attachés aux textes désabusés mais bien troussés de Moffat et à la dextérité du duo pour manier le parlé chanté sur des arrangements variés, de l’autre, ceux qui arguent carrément que, dans une période aussi éprouvante que celle que nous vivons, la réapparition d’un duo qui brandit la déprime en étendard est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Au milieu, il était possible de regarder l’arrivée de ce nouvel album avec circonspection. Pour donner raison à ceux que le duo exaspère, on peut reconnaître que, si la musique doit souvent être considérée comme un exutoire de mal-être, on adhère moins quand la musique devient du mal-être mis en scène. En cela, Arab Strap a toujours été un duo à suivre avec modération. En outre, au sein d’Arab Strap, c’est Aidan Moffat qui tient le premier rôle, mais les albums solo de Malcolm Middleton, bien plus convaincants que ceux de son comparse, avaient démontré qu’en voyant Middleton s’émanciper, on y perdait pas forcément au change, bien au contraire.

Alors, un nouvel album d’Arab Strap, au bout du compte, bonne ou mauvaise nouvelle ? D’abord constater que si le duo maîtrise bien son art, 50 minutes, soit la durée approximative de « As Days Get Dark », c’est bien assez. Au-delà, le manque de relief du chant, son absence totale, même, la monotonie du débit nous font lâcher prise. Ensuite, constater que, si Aidan Moffat raconte toujours des histoires de soirées et d’expériences perso qui tournent mal, parle de misère sexuelle et de sordide du quotidien, il le fait cette fois avec un véritable sens de l’humour. Plutôt rassurant étant donné que notre homme est censé avoir souffert de dépression nerveuse sévère mais s’en être sorti. Difficile alors de résister au récit millimétré de The Turning Of Our Bones ou Another Clockwork Day. Enfin, constater avec une vraie satisfaction que, si les deux comparses ont décidé d’enregistrer de nouveau, Malcolm Middleton a pu cette fois poser ses conditions (façon de parler, nous ne sommes pas dans l’intimité du duo).

La conséquence, c’est que la palette musicale derrière Aidan Moffat est cette fois plus étoffée et que c’est bien là qu’est la principale plus-value d' »As Days Get Dark ». Sur les deux premiers titres, les arrangements synthétiques sont parfaits pour soutenir le parlé chanté de Moffat, sur Kebabylon, ces arrangements glissent sur un refrain à la mélodie limpide, puis le reste du morceau est magnifié par des accords de piano, des lignes de sax en contrepoint. Sur Here Comes Comus, une rythmique enlevée et une guitare donnent le tempo à un morceau imparablement pop qui fait sortir Moffat de sa torpeur, sur Fable Of The Urban Fox, des cordes virevoltantes donnent une teneur réjouissante au morceau, tout comme sur I Was Once A Weak Man, audacieux et stylé. « As The Days Get Dark » est donc un album plein d’émulation, le disque de deux comparses qui se connaissent par coeur, ont repris les choses là où ils les avaient laissées tout en s’enrichissant mutuellement de ce qu’ils ont vécu chacun de leur côté. En 2021, qu’un duo qui véhicule a priori autant d’ondes négatives revienne, sans radicalement modifier son ADN, meilleur qu’on l’a connu, a de quoi rendre philosophe et, par ricochet, optimiste.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. The Turning of Our Bones
  2. Another Clockwork Day
  3. Compersion Pt. 1
  4. Bluebird
  5. Kebabylon
  6. Tears On Tour
  7. Here Comes Comus!
  8. Fable of the Urban Fox
  9. I Was Once a Weak Man
  10. Sleeper
  11. Just Enough