Arab Strap continue son parcours entre mélancolie et refus de baisser la tête.
Cinq ans après le retour aux affaires d’Aidan Moffat et Malcolm Middleton, en tout cas en termes de production de musique inédite, on se demande toujours, à chaque nouvelle sortie, si les deux compères en ont encore véritablement sous le pied ou s’ils vont sortir un album en roue libre, édité faute de mieux à nous offrir. Cela à cause de leur parcours, avec un hiatus de plusieurs années, et à ce qui suinte toujours de leur musique et de leurs paroles, à savoir une mélancolie poisseuse, voire une attitude franchement désabusée face à l’évolution de notre société qui nous fait toujours vaguement soupçonner que le duo pourrait quelque peu lâcher la rampe et faire plus ou moins ce qu’on attend d’eux, sans efforts excessifs.
Pourtant, au regard de ce qu’ils nous a offert depuis son redémarrage, le duo mérite plus d’égards. « As Days Get Dark » en 2021 était en effet, derrière les récits misérabilistes voire un peu glauques des textes, un album aux mélodies plus qu’inspirées et aux arrangements soignés, puis « I’m Totally Fine With It… » trois ans plus tard avait démontré leur capacité à varier leurs dynamiques et leur palette sonore et à laisser suinter, derrière leur fatalisme, un refus de se résigner. Et c’est complètement dans cette lignée que s’inscrit « Half Told Tales ». Dès les premiers morceaux, on sait qu’on a affaire à un album d’Arab Strap via le débit, mi lymphatique mi exaspéré, d’Aidan Moffat mais aussi la capacité à trousser des arrangements toujours pertinents qui permettent aux morceaux de décoller, en sautant du rock quasi énervé sur I Get A Noise ou Glamour Magick à une electro pop sautillante sur You You You ou une neo-folk soignée sur Be A Man et Gape.
Arab Strap restent aussi eux-mêmes en produisant quelques moments où la musique s’efface pour laisser place à des quasi spoken words un peu ennuyeux, ici Under Offer, qui restent néanmoins peu nombreux et dont on finit par se demander si le duo ne les glisse pas dans ses albums précisément pour nous montrer ce que leurs disques pourraient être s’ils cédaient à leurs penchants les plus sombres. Mais l’inspiré et joliment exécuté Basic Physics fait vite redémarrer la machine qui offre encore son lot de beaux moments avec le dépouillé Mr Splitfoot, le versant le plus mélodique d’Arab Strap avec Ampersand. Pas de doute, Arab Strap n’a pas sa pareille pour se jouer des préjugés qu’ils contribuent eux-mêmes à générer et ainsi démontrer leur singularité dans le paysage musical.
- Publication 366 vues28 septembre 2026
- Tags Arab StrapRock Action Records
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