pochette-shannon-wright

Division


Un album de sorti en chez .

8

Artiste discrète et précieuse, Shannon Wright délivre un nouveau chapitre de son oeuvre sensible.

Shannon Wright fait partie de ces artistes au parcours globalement sans faute, marqué par l’intransigeance artistique, la mise en avant d’une sensibilité à fleur de peau, forgé à coups de guitare parfois coupantes comme un rasoir ou de morceaux à la pureté cristalline. Dans le même élan, pour la situer, on cite bien volontiers la Cat Power des débuts ou PJ Harvey. Ce qui, inéluctablement, nous pousse à admettre que l’Américaine souffre d’un déficit de reconnaissance mais également qu’on ne ressent pas un besoin intense de le déplorer. Car il faut parfois avouer que la musique est affaire d’égoïsme, d’aucuns diraient de snobisme, même si ce n’est pas la même chose, et que savoir que Shannon Wright est une artiste qu’on ne partage pas avec le plus grand nombre n’est pas forcément désagréable. Shannon Wright n’est en effet jamais meilleure que quand elle s’exprime dans un registre direct avec son auditeur, lui donne la sensation de s’adresser exclusivement à lui.

“Division” est le disque parfait pour renforcer encore ces liens. Shannon Wright y propose des chansons ni plus ni moins ambitieuses que sur ses disques précédents, mais marquées du sceau d’une volonté de justesse. Elle n’y apparaît ni plus écorchée ni plus apaisée, tout juste laisse-t-elle entrevoir qu’elle assume pleinement ses états d’âme changeants sans faire le tri entre eux. Division, qui ouvre l’album et lui donne son titre, s’avance sur une trame portée par des guitares potentiellement abrasives, Shannon Wright y chante le souffle court, comme si un cri pouvait à tout moment transpercer ce climat en clair obscur. Plus loin, sur Soft Noise, ce sont des accords de piano virtuose, un souffle quasi-romantique qui nous transporte, et quand, sur la seconde partie du morceau, une batterie intervient, que le chant enfle et que le piano s’affole, c’est splendide. Sans chercher à le mettre de manière trop voyante en avant, sans en faire un étendard, Shannon Wright intègre également de petits accords synthétiques dans ses chansons, avec une justesse épatante sur Wayward et Accidental. C’est là aussi un de ses marqueurs : sans tomber dans le démonstratif ni affirmer une volonté de tout bouleverser d’un album à l’autre, Shannon Wright explore de nouvelles pistes, insinue sa curiosité, son refus d’une forme étriquée. Maintenant, c’est dit et c’est déjà presque trop. Il ne nous reste plus qu’à emporter cet album et à l’écouter en prenant soin de ne surtout pas être dérangés. Faites-en de même, mais ne le dites pas trop fort.

Rédacteur en chef