Providence


Un album de sorti en chez .

8

Toujours aussi discrète, Shannon Wright poursuit sa carrière tout en justesse.

Vingt ans de carrière cette année pour Shannon Wright et un dixième album, voici des chiffres parlants qui ne donneront néanmoins lieu à aucune célébration particulière, encore moins à une auto-célébration. On les citera simplement pour souligner, si c’est encore nécessaire, que Shannon Wright fait partie des rares artistes à la constance exemplaire, qui a mis depuis bien longtemps, voire toujours, la cohérence de son oeuvre souvent à fleur de peau tout en haut de ses priorités. S’il fallait donner une trame à sa trajectoire, on dirait qu’elle s’est distinguée dès ses débuts par une capacité à trousser des morceaux oscillant entre rock abrasif et écorché et une folk intimiste, entre guitare et piano, et que, petit à petit, c’est cette seconde approche de sa musique qu’a privilégié Shannon Wright. Cependant, sa musique n’a jamais basculé dans un confort évident et ses morceaux sont toujours restés dans un équilibre précaire où la douceur n’était qu’apparente et pouvait céder la place à des déflagrations sans crier gare. « Division », son dernier album en date, en était un parfait exemple, et ressemblait un peu à un volcan qui pouvait entrer en éruption.

« Providence » prolonge cette dialectique en allant un cran plus loin dans l’épure. Sur les sept titres qui jalonnent cet album, c’est le piano, et quasiment rien d’autre que lui, qui s’impose comme instrument, à côté de la voix toujours aussi directe et attachante de Shannon Wright. Attachante parce que, davantage que par son timbre, cette voix donne comme nulle autre la sensation que chaque mot qu’elle chante est le reflet sans fard de l’âme et du coeur de son auteure. C’est ce qui rend chaque album bouleversant et nous convainc qu’avec Shannon Wright, on n’aura jamais affaire à de la musique surfaite ou produite avec un manque de conviction. Et même si la tension sur « Providence » est moins prégnante, elle n’en reste pas moins présente et on parlera de beauté noire, tourmentée, plutôt que d’approche contemplative et sereine. Ensuite, dans son dénuement, « Providence » reste un album formellement ambitieux.

Car, si l’album intimiste au piano est un exercice qu’on connaît bien, peu d’artistes dits « pop/rock » vont aussi loin dans la pratique de l’instrument. Chez Shannon Wright, les accords et mélodies lorgnent souvent du côté de Chopin ou Schumann, sans qu’il faille y voir quoi que ce soit de prétentieux ou pompeux. Ce jeu s’accommode parfaitement de l’écriture empreinte d’émotion de son auteure, avec une unité qui fait qu’on ne ressort pas un morceau en particulier de « Providence » mais qu’on s’y plonge avec délectation dès Fragments et qu’on y reste lové comme dans un cocon jusqu’à Disguises, qui referme l’album. « Providence » est un nouveau geste de classe de la part de Shannon Wright, pas un de plus mais une nouvelle pierre qui rend toujours plus riche une oeuvre décidément exemplaire.

Rédacteur en chef

Tracklist

  1. Fragments
  2. These Present Arms
  3. Close the Door
  4. Somedays
  5. Providence
  6. Wish You Well
  7. Disguises